Abstract
Dans un monde global accéléré et violent, l’anthropologie du contemporain se donne les avenirs pour objet : pour tâcher de rendre ce monde plus intelligible, en tant que les avenirs – socialement situés, pluriels, conflictuels – font pleinement partie de ce qui le compose et de ce avec quoi nous le fabriquons. Il s’agit de regarder, dans le cadre d’une anthropologie politique pragmatique des espaces, comment les gens fabriquent ou contestent des espaces – pour faire des choses ensemble ou guerroyer. Or, pour fabriquer des espaces, les gens mobilisent des temporalités qui sont elles-mêmes spatialisées. Pour faire un quartier, un pays, pour annexer une région, les gens mobilisent des passés pas passés ou pleinement disponibles et/ou des avenirs spatialisés, qui souvent se font écho. Les manières d’ancrer spatialement les temporalités sont prises dans des rapports de pouvoir, et sont des prises de position politique.Cet article se consacre donc aux moyens de décrire les politiques des spatialisations des temporalités avec lesquelles les gens fabriquent ou contestent des espaces dans le contexte russe : comment dresser la topographie plurielle, conflictuelle, des temporalités mobilisées dans la fabrique des espaces? Sa politique est de ne pas dessiner de frontières conceptuelles ou analytiques, ni de se contenter du pire-qui-est-toujours-probable, mais de laisser leur place à des descriptions ouvertes, et à des pratiques contre-hégémoniques de spatialisations de l’avenir : à d’autres possibles