Abstract
« Les sciences s’éloignent de plus en plus de leur motivation première, d’une part parce qu’elles s’enferment dans leurs spécialisations respectives, de l’autre, parce qu’elles se réduisent à une pratique utilitariste ou purement calculatoire. Il faudrait s’employer à réhabiliter une pensée exigeante et transversale capable de repérer les similitudes à l’œuvre dans les disciplines et les phénomènes les plus différents. La compréhension spatiale et temporelle des phénomènes est le dénominateur commun capable de les unifier, tout en en reconnaissant les différences significatives. Dans cette perspective, les mathématiques, et plus particulièrement la géométrie et la topologie qui expriment une pensée qualitative riche et complexe, doivent acquérir à nouveau un rôle fondamental qui, abandonnant toute prétention d’exclusivité ou de supériorité par rapport aux autres formes de connaissance, renoue sur les plans heuristique et imaginatif avec la philosophie, les sciences de la nature et les études sur la société. Le principal propos d’une philosophie de la nature me semble être de clarifier les interactions entre espace et temps, matière et forme, corps et esprit. De nombreux phénomènes physiques et naturels, y compris plusieurs processus biologiques, peuvent être compris en termes de déploiement d’un noyau géométrique initial qui crée en quelque sorte un espace-temps spécifique aux propriétés caractéristiques. Sans épuiser la signification de ces phénomènes et processus, ce noyau constitue plutôt une vision spectrale incluant leurs divers modes d’organisation et de manifestation. »